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décembre 2013

Piège en haute mer

Piège en haute mer Pénélope Bagieu et Bloom auront réussi leur coup. C’est pour dénoncer les dégâts provoqués par la pêche en eaux profondes que l’illustratrice et l’association ont lancé, au mois de Novembre, une illustration qui en explique le principe et en dénonce les méfaits. Humour, rythme et bon sens revendiqué se mettent rapidement au service d'une dénonciation : celle d’Intermarché, propriétaire de 6 bateaux sur les 11 pratiquant ce type de pêche en Europe. Quatre jours auront suffi pour ce raz de marée. Une malheureuse petite centaine d'heure, qui auront tout fait basculer.

Lancée quelques jours avant le vote au Parlement Européen de l’interdiction de la pêche en eaux profondes, la campagne obtient finalement un écho inespéré avec le vote par les députés européens, à quelques voix près, de la poursuite de ce type de pêche, apparemment sous pression du lobby d’Intermarché...

Avec 480 000 signatures et 300 000 likes recueillis en quatre jours, la frêle illustration de Pénélope Bagieu est suivie d’un tsunami d’insultes et d’invitations au boycott de la chaîne de supermarchés. Alors que tout le web se soulève en moins de quatre jours, Intermarché garde le silence et ne prend la parole que le septième jour. Un délai normal pour un être humain, mais un siècle à l’échelle du web, et une éternité à celle des réseaux sociaux.

Et cette question : sur les 480 000 signataires de la charte, combien sont retournés sur le web pour lire les explications et la position d’Intermarché ? Une ridicule minorité, quelle que soit la justesse des éléments fournis par la marque. La tornade était passée, le mal était fait.

Il ne nous appartient évidemment pas de juger Bloom ou Intermarché. Mais la manière dont s’est déroulée la scène nous apprend deux choses. Premièrement, la viralité qu’a su créer Bloom n’est dûe qu’à l’émotion suscitée par sa démonstration et par la dimension spectaculaire de ses arguments. En aucun cas par la véracité de ses dénonciations, qui, même si elles s’avèrent justes, n’auront été vérifiées par aucun des 480 000 signataires. Intermarché peut prendre ses rames, aucun de ses arguments n’aura la fraîcheur et la dimension spectaculaire de l’illustration de Pénélope. Deuxièmement et surtout, l’affaire donne le tournis quant à la nouvelle relation au temps imposée aux marques avec l’avènement des réseaux sociaux. Une information dans la presse papier restait fraîche quelques jours. Elle le reste une journée sur le web. Une matinée sur Facebook. Une heure sur Twitter.

En réagissant une semaine après le démarrage du buzz, Intermarché s’est positionné sur une échelle de temps has been depuis longtemps, et va devoir déployer des trésors d’inventivité pour reconquérir le cœur de consommateurs qui auront signé 100 autres pétitions entre temps.

Les 140 caractères de Twitter ont rendu les marques dépendantes des formules et des effets d’annonces. L’esthétique d’Instagram et de Pinterest les rendent dépendantes des visuels qu’elles diffusent. Le format court des vidéos de Vine, la dimension éphémère de Snapshat et l’absence de texte qui fait la force de Tumblr participent au même phénomène.

De l’image, vite. Du scoop, toujours plus vite. Mais de l’analyse, du recul, de la mise en perspective, il n’y a malheureusement plus que la presse quotidienne papier pour en proposer.

L’immédiateté des réseaux sociaux, c’est l’institutionnalisation de la discussion de comptoir. C’est la légitimisation de la rumeur. L’illustration de Pénélope Bagieu a mis en lumière un type de pêche qui méritait manifestement d’être dénoncé, et les réseaux sociaux ont cette fois-ci été vertueux. Mais à sur-prioriser la forme par rapport au fond, ils posent tout de même la question de la distinction de plus en plus difficile entre information, rumeur et contre-information. Et nous invitent, plus que jamais, à approfondir l’information qui nous est proposée avant de la partager, ne serait-ce que pour pouvoir en parler avec la certitude d'avoir un minimum de recul sur le sujet.

Vianney BOURGOIS



le 20.12.13 à 13:17
par wibaux
Votre démonstration n'est pas claire; vous partez du principe que les signataires signent n'importe quoi sans se renseigner; c'est faux, j'ai écrit à intermarché, j'ai lu leur réponse argumentée, elle ne tenait pas, je l'ai diffusée. Vous dites qu'intermarché a réagi trop tard, mais ils s'en moquent d'internet!! Ils pilotent la commission européenne en temps réel. C'est baij qui est has been; les bateaux continuent de ratisser, preuve qu'elle a pissé contre la tempête. Quant au boycott, ...j'ai failli tomber en panne d'essence; la seule pompe ouverte, c'est intermarché, donc j'y ai été, et j'y ai fait mes courses vu qu'ils étaient ouverts. tout le reste, c'est du baratin. A force de nager dans le web, vous pensez qu'il est maître de quoique ce soit; au mieux, il aide à vendre, rien de plus.
le 20.12.13 à 14:10
par Vianney BOURGOIS - Be Seen
Au contraire, je vous rejoins complètement ! L'exemple d'Intermarché a été pris pour illustrer la mécanique, mais je précise bien "L’illustration de Pénélope Bagieu a mis en lumière un type de pêche qui méritait manifestement d’être dénoncé, et les réseaux sociaux ont cette fois-ci été vertueux". Vous ne m'avez pas lu en entier ;-)
le 20.12.13 à 15:33
par cdelabal
Bon papier ! encore que la pertinence des arguments de Bloom est facilement vérifiable et les dessins de Bagieu sont plus informatifs et assimilables rapidement par la qualité des illustrations que bien des articles de presse sur le sujet. Intermarché n'a pas réagi tt de suite car il a préféré mobiliser les lobbys à Bruxelles avec un certain succès, pour l'instant. Le boycott portera toujours quelques fruits, néfastes pour l'image de l'enseigne et à terme pour ses ventes de poissons... Une prise de conscience qui n'aurait pas existé sans cette campagne dynamisée par le talent de Bagieu. En revanche, si je peux me permettre, la construction de la premiere phrase de votre article Vianney est totalement bancale et incorrecte. Celà dit je souhaite mes meilleurs voeux à toute l'équipe de Be Seen et surtout continuez à poster ce genre de papier. Preuve que vous continuez à vous poser des questions et à l'exprimer par écrit. Ce qui est aussi rare que salutaire à l'ère du 3.0 cordialement Fr Lecocq
le 20.12.13 à 15:57
par Alex
C'est bien vu, je l'ai signée après avoir lu la BD de Pénélope et en te lisant je m'aperçois que j'ai même pas cherché a regarder la réponse d'intermarché... A bientôt biz
le 20.12.13 à 19:32
par Gilles
Hello Vianney. Je m’apprête à twitter « BE SEEN soutient INTERMARCHE : Sûrement un annonceur de l’agence… ». VRAI ? - Non, mais on va bien rire... ;-)

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