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février 2015

Pas assez share mon fils

Pas assez share mon fils Economie du partage, love money ou troisième révolution industrielle : on trouve autant de qualificatifs que de variantes de ces nouveaux business models que sont Airbnb, Blablacar, Videdressing ou Parkadom. Basés sur la remise en question de la notion de propriété, ils mettent surtout un prix sur ce qui n'en avait pas jusqu'alors, et permettent à chacun de se retrouver businessman du jour au lendemain.

C'est l'histoire d'un monde en quête de nouveaux idéaux, qui revendique depuis les années 2000 une nouvelle manière de consommer, à base de partage, de social et de remise en question de la notion de propriété. Acheter une voiture ou réserver une chambre d'hôtel ? « No way » vous répondra la jeune génération, convaincue d'être aux avant-postes d'un nouveau modèle de société, sorte d'hybride entre jouissance de la consommation et utopie du tout partagé. Un hybride entre capitalisme et communisme, propulsé par les possibilités techniques offertes par le web et par le besoin de réassurance sociale d'une génération assoiffée de nouveaux repères.

Venu des États-Unis, le mouvement a réellement explosé en France avec la réunion de deux facteurs : la montée en puissance de l'auto-entrepreneuriat d'une part, et la remise en question du monde de la finance et du modèle purement capitaliste d'autre part. Lassés d'être des pions à la merci de grandes organisations et pantois devant la décontraction déroutante de Messieurs Cahuzac et Thévenoud, les Français ont décidé en quelques années de reprendre en mains leur destin, et d'adhérer en masse à tous ces modèles leur permettant de monnayer facilement voiture et canapé. Un vent de fraîcheur encore anarchique et qui force le législateur à sans cesse s'adapter, la société civile en ayant manifestement assez de se laisser dicter sa conduite.

D'un point de vue marketing, la jeunesse et les multiples formes de ces nouveaux business models rendent le sujet difficile à manier. Et le terme même d'économie du partage d'être probablement mort né, le modèle en question se rapprochant davantage du « tous capitalistes » que du « tous ensemble pour une nouvelle économie ». Le consommateur acceptant de moins en moins d'être pris pour un navet, il n'acceptera pas longtemps qu'on lui parle de partage sans que cela en soit vraiment, en témoigne l'exemple d'Airbnb, remis en question parce que détourné de sa philosophie d'origine par des spéculateurs devenus nombreux.

En pleine phase d'ascension, la sharing economy théorisée un peu tôt par certains va mettre du temps à trouver ses marques et son vocabulaire. Passionnante parce que propulsée par la masse, elle ne se laissera pas mettre dans des cases intellectuelles et théoriques, comme d'autres modèles économiques avant elle. Et c'est précisément parce qu'elle est volatile qu'elle est à la fois si excitante et si difficile à manier. Revendiquée autant par les soixante-huitards sur le retour que par la jeunesse dorée et débridée, elle a les défauts de ses qualités, à la fois formidable terreau de business et piège redoutable pour publicitaires mal inspirés.

Créée parfois par, parfois pour le commun des mortels, l'économie du partage offre en fait bien plus que la possibilité pour chacun de créer son petit bout de business. Elle propulse l’initiative privée et de l'initiative tout court au rang de modèle économique, et c'est en certainement en cela qu'elle est révolutionnaire.


Vianney BOURGOIS

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