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août 2008

On veut tous notre place au soleil

On veut tous notre place au soleil On veut tous notre place au soleil... Plutôt que de pousser les autres, faisons du soleil.

On rêve tous d'être beaux, intelligents et pleins d'amis. Pour y parvenir, nous avons trop souvent ce mauvais réflexe de jalouser les autres ou de les dénigrer. Dans une société supposée compliquée, on finit par se convaincre soi-même que plus aucun rêve n'est atteignable. Alors que le bonheur est à portée de main, à condition d'y mettre un peu du sien... Nous sommes en France, en 2008. La France est une société compliquée. En tout cas présentée comme telle. Il est censé être compliqué de réussir parce que tout coûte cher, compliqué d'être honnête parce que tout le monde est pourri, compliqué d'être beau parce que tout est trop superficiel, et même compliqué d'être sociable, puisque tout le monde est méchant.

Alors pour sortir d'un quotidien aussi compliqué, on a inventé la drôle de notion de concurrence. Pas celle des entreprises, qui est saine, mais celle des individus. On leur apprend dès leur plus jeune âge qu'aujourd'hui ça n'est plus comme avant. Qu'aujourd'hui il faut choisir sa filière très tôt pour se différencier. Que de toutes les façons le marché de l'emploi est sinistré, et qu'il faudra livrer bien des batailles pour espérer gagner de quoi manger. Aux enfants on apprend à ne manger ni trop sucré ni trop salé, à ne pas passer trop de temps devant les jeux vidéo et la télé, à ne pas se disputer à la récré, et à rentrer le soir sans boue sur les pieds.

Pauvres enfants. On leur présente la vie comme quelque chose de compliqué alors qu'ils y ont à peine goûté. Il y a quelques années, alors que je faisais la queue pour prendre rendez-vous chez mon ophtalmologiste, j'ai surpris la conversation de deux grandes personnes, d'une soixantaine d'années à peine. « Pour nous c'était facile. On n'avait pas besoin de faire d'études, il y avait du travail pour tout le monde. On avait des salaires corrects, et notre retraite sera confortable. Les pauvres jeunes : ils n'ont pas de travail, ils font cinq ans d'études pour être chômeurs, et ne se marient plus ». J'étais à deux doigts de les interrompre pour leur demander s'ils avaient conscience de la portée de leurs propos.

En publicité, comme si le client n'avait pas eu une enfance assez difficile, on lui apprend que c'est la guerre. Qu'il va falloir se démarquer, être apétent, disruptif, voire aspirationnel. Qu'il va falloir créer un choc dans la perception que le consommateur a du produit ou de la marque, en se basant sur son « insight », pour trouver ses points faibles et s'engouffrer dedans. On apprend aussi au client que le concurrent est un con. Que son discours est rempli de failles, que son produit n'est pas si bon, et qu'il est de toutes les façons mal communiqué.

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Mais qui sont ces gens qui rendent la France si compliquée ? Ils sont très durs à repérer, parce qu'individuellement ils ne sont pas méchants. Ils disent bonjour et merci et sont à l'heure au travail le matin. Et pourtant, ils parviennent à maintenir ce malaise mal défini et poisseux. Ils le font par de petits gestes quotidiens. En racontant n'importe quoi dans la salle d'attente d'un ophtalmologiste, ou oubliant de féliciter leurs enfants, en ne souriant que trop rarement, en alimentant les rumeurs, en n'invitant pas leurs amis et en ne daignant pas lever les yeux à la caisse du supermarché.

Ces gens là sont des criminels. Ils sont comme tout le monde : ils veulent leur place au soleil, mais leur problème est triple : premièrement ils sous-estiment la taille du soleil. Deuxièmement ils pensent que leur voisin est un voleur de soleil. Troisièmement, et c'est là qu'est le plus grand drame, ils n'ont pas conscience de leur capacité à créer du soleil. En créer pour eux-mêmes, ce qui leur éviterait de se méfier du voisin, mais surtout en créer pour les autres.

Il ne faut malheureusement pas se leurrer : nous sommes tous des criminels à un moment ou à un autre de la journée. Nous oublions tous de nous féliciter, de reconnaître le talent des autres, de respirer profondément le matin, de parler aux inconnus quand on est invités, et surtout, surtout, nous oublions d'être fiers. Fiers de notre famille, de nos amis, de notre entreprise, de notre travail, de nous-mêmes. C'est pourtant, j'en suis intimement convaincu, le fondement principal de toute communication. Si vous voulez vendre votre produit, soyez-en fier. Si vous voulez convaincre, soyez souriant pour de vrai.

Dans notre monde faussement compliqué, on finit par se convaincre nous-même que rien n'est facile. Alors qu'en y regardant de plus près tout est simple : un jeune enfant qui dit poliment bonjour aux adultes doit être félicité. Une inspectrice de l'URSSAF qui accepte d'échelonner un paiement mérite un merci sincère et enthousiaste. Ce sont autant de rayons de soleil qui se distribuent et font des petits, qui nous font comprendre que la semaine qui vient de passer était géniale, et que la prochaine sera exceptionnelle. Car en cherchant à créer du soleil, non seulement on se met soi-même de bonne humeur, mais en plus on attire du monde. On suscite la sympathie, la curiosité, l'adhésion. On s'enrichit autant qu'on enrichit les autres. En un mot, on communique.

Si vous êtes convaincu de l'intérêt de créer du soleil dans votre vie privée, vous n'avez encore rien vu. Appliquez-le au travail. Vous voyez un prospect demain matin ? Une poignée de main franche et le regard fier seront infiniment plus efficaces que dix relances téléphoniques. Vous répondez à un appel d'offre après-demain ? Soyez aimable avec la secrétaire, sincèrement, et faites lui un vrai sourire. Globalement, dites plus souvent "merci" et moins souvent "s'il vous plaît". Ouvrez grand les yeux. Ne pensez pas au mauvais temps du jour, réjouissez vous du soleil prévu mardi prochain. Allez plus souvent en discothèque. Embrassez vous. Ne comptez pas sur les systèmes. Ne dites plus "pas mal", dites "bravo". Faites des enfants. Dites à tout le monde combien vous aimez votre métier. Pensez à demain matin. Dites sept fois par jour "pourquoi pas". Émerveillez vous du savoir faire des autres. Soyez fier. Courrez. Retenez le prénom de la femme de ménage. Recommencez. Souriez à tout le monde. Achetez le Dodge Nitro. Soyez convaincu. Abandonnez définitivement le mot "peut-être". Cherchez à comprendre. Admirez les immeubles en construction. Ne dites que des affirmations. Lisez des livres. Serrez la main des gens. Klaxonnez. Marchez et faites du vélo. Passez plus de temps à vous émerveiller qu'à vous indigner. Dites "oui". Faites plus de bruit que vos enfants. Donnez raison. Regardez la Star Academy. Mettez des couleurs vives. Faites confiance. Dites tout le bien que vous pensez des autres. Faites vous un restaurant ce soir. Soyez fidèle. Ne cherchez pas forcément des réponses. Écoutez Mozart et David Guetta. Changez enfin votre moquette. N'ayez pas de regrets, seulement des espoirs. Changez vous les idées. Ne traînez pas. Faites des pauses. Pardonnez. Et puis dites à tous les autres d'en faire autant.

Vianney BOURGOIS
Associé

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