Retour  Retour
juin 2013

Fait-il bon se lancer dans des business déraisonnables ?

Fait-il bon se lancer dans des business déraisonnables ? Augmentation du coût du travail, consommation en baisse et météo moyenne ne découragent manifestement pas les quelques fous qui continuent d’entreprendre et de faire grandir leur business. Au sein d’un marché bipolarisé entre quantité d’un côté et qualité de l’autre, ceux qui ont décidé d’assumer leurs idées et de pousser à fond leur vision du marché s’en sortent et continuent de se développer. Allez go, on s’y met.

L’évolution de la grande distribution ces dernières années est un signe qui ne trompe pas. En mettant en scène ses promotions comme jamais, Auchan attire une cible spécifique qui ne consomme qu’aux coupons et aux prix barrés. En se plaçant sur les trajets domicile-travail et à proximité de grands axes routiers, Chronodrive attire les actifs pressés de rentrer. En assumant ses prix élevés et en proposant un parcours client unique, Monoprix attire ceux qui veulent prendre le temps de faire leurs courses sans stresser. Les trois modèles fonctionnent à merveille, et partagent une même recette : celle de la vision de marché assumée.

« Vouloir plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui » chante Youssoufa dans son dernier opus. D’un point de vue marketing, et particulièrement par météo houleuse, il faut reconnaître que notre rappeur préféré n’a pas tort.

Cibler un client qui nous plaît. Lui proposer un produit qui nous excite. Le distribuer en priorisant la spontanéité sur les calculs capillotractés. Les voilà les ingrédients qui forcent à créer des business à forte personnalité et à vrai potentiel de marché. Le fait que Dacia, Porsche et les partis extrémistes cartonnent pendant que François Bayrou et Renault s’enfoncent dans l’anonymat n’est pas dû au hasard. Les crises quelles qu’elles soient nous renvoient tous, sans exception, dans nos retranchements. A un tel point que même le milieu se radicalise : vous ne trouverez plus personne qui vote MODEM et qui roule en Mégane sans conviction. Ceux que vous croiserez vous loueront avec force et sincérité les qualités du parti centriste et de la marque de voitures généraliste. Les gens indifférents, les avis moyens et les consommateurs mainstream ont disparu, il faut vous faire une raison.

L’enseignement business et marketing à tirer de cette extrémisation du marché est clair : il n’y a plus de place pour les marques qui ne prennent pas position et qui ont peur de ne pas attirer tout le monde. Axe est machiste, Charal aime le sang et Diesel invite à être stupides. Se radicaliser à ce point n’est évidemment pas indispensable pour exister, mais assumer un client précis, ayant un besoin précis et des convictions précises est en revanche devenu une question de survie.

Comme toujours, l’achat d’une personnalité au rabais ne vous sera pas d’une plus grande utilité. En mêlant discours révolutionnaire et distribution d’un autre âge, Surcouf n’a malheureusement convaincu personne. En revanche, mettre ses tripes, ses vraies, sur une niche de marché et pour un consommateur avisé a peu de chances d’échouer. Au-delà d’être un dopant terrible pour le moral, c’est surtout une stratégie marketing à peu près certaine par temps perturbés.

Vianney BOURGOIS

le 25.06.13 à 14:04
par wibaux jean luc
Je suis entrepreneur depuis 30 ans. uniquement des petites sociétés que j'essaie de développer. Ce que je retiens, c'est qu'il n'y a pas pire que les fausses bonnes idées. Ces idées de passionnés qui ne sont pas appuyées par l'air du temps, le just in time des américains. Combien de fois je suis tombé dans le panneau de la société engagée (par exemple Generationsurf sur TF1, première webtv indépendante, ou probourse, première webtv boursière) qui termine dans le bac à sable parce que le marché n'est pas mûr. Alors engagée , certes, mais surtout, surtout, just in time, et çà , c'est vraiment le plus dur.
le 25.06.13 à 15:09
par TRUB
Une belle prose Vianney, et des analyses que je partage, c'est ce que je crois dans vinsdecopains.com. Dans tous les cas il n'y a pas de règle généraliste, mais sans doute il y a t'il des règles générationnelles. Bon vent à vous et au plaisir d'échanger avec vous. Xavier TRUB
le 25.06.13 à 16:29
par Be Seen
Complètement d'accord avec vous Jean-Luc, le fait de prendre le risque de s'engager pour une cible précise n'est évidemment pas suffisant en soi. Tout le mix marketing doit suivre, dont la maturité du marché. Promis, on garde le sujet sous le coude pour une prochaine tribune ;-)

Laissez-nous
vos commentaires


Tous les champs sont obligatoires