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octobre 2014

Cours toujours

Cours toujours Frappadingue, Color Run ou Course des Trolls : les courses nouvelle génération ont envahi nos rues, nos smartphones et nos réseaux sociaux en quelques années. Rendant old school les simples marathons et mythiques les plus vieilles courses comme la Sainté Lyon ou l'Ultra Trail du Mont Blanc, elles sont une source d'inspiration et d'information inépuisable pour les marques, permettant de capter et de fédérer un public toujours plus large et à moindres frais. Allez, cours on te dit.

Il y a les ultra sportives de plusieurs dizaines de kilomètres dans des conditions extrêmes, comme l'Iron Man ou la Sainté Lyon. Les presque ultra sportives, avec boue et obstacles, comme le Mud Day. Et les boueuses, mais déguisées et un peu allumées, comme la Frappadingue ou la Course des Trolls. Il y a aussi les plus esthétiques et les plus faciles, comme la Color Run, consistant à courir un petit 5km, mais en s'envoyant des jets de poudre colorée à la figure. Et puis il y a celles qui n'ont d'autre vocation que d'être portées par une marque et par l'état d'esprit qu'elle véhicule, comme la 10km Paris Centre, de Nike. Elles rassemblent tous les goûts, tous les paysages et toutes les conditions physiques, et ont un point commun : être conceptualisées.

C'est paradoxalement dans une époque en quête de simplicité et de retour aux choses simples que sont nées ces courses d'un nouveau genre, qui ne vendent plus vraiment le sport lui-même, mais surtout un concept clair et attrayant, qui puisse faire parler de lui en tant que tel. Hyper lookées, hyper brandées, hyper relayées, elles ont pour promesse de transporter le coureur dans un état d'esprit et dans une communauté d'addicts, au moins le temps d'une journée. Pour les marques, la recette est rentable : s'apparentant souvent à des festivals plus qu'à des événements sportifs, les courses nouvelles génération sont l'occasion de réunir jusqu'à plusieurs milliers de personnes dans une ambiance hors du commun et en les faisant payer chacune quelques dizaines d'euros, sans avoir, comble du jackpot, à payer d'artiste pour les attirer. Qu'elles soient simples ou qu'elles soient sportives, elles entrainent chaque participant dans une hystérie collective et émotionnelle qui attire chaque année plus de monde.

Sport solitaire par excellence, le bon vieux footing du dimanche matin n'aura donc pas résisté longtemps à la déferlante du tout social. Et qu'il participe à l'une de ces courses ou qu'il courre seul avec son application qui mesure son parcours et ses calories, le coureur de 2014 paye désormais pour être son propre contenu. Courir incognito de bon matin est has been, qu'on se le dise. Se prendre de la boue dans le visage, des ronces dans les jambes ou les commentaires désobligeants de son application pour les partager ensuite sur Facebook, voilà qui donne du contenu au sport le plus basique du monde, et qui permet de se créer une actualité sociale.

Emboîtant le pas d'émissions comme Man vs Wild ou Koh Lanta d'une part, et de tous les autres programmes dont le principe est de mesurer sa performance à celle du voisin d'autre part, ces nouvelles courses et les applications connectées répondent à un besoin de crise : celui de se donner à nouveau des objectifs à dépasser et des communautés auxquelles adhérer.

Les repères fondamentaux que constituaient la religion, l'armée et la nation tombent les uns après les autres, et la nature n'aime pas le vide. Se donner un but à dépasser, se sentir porté et porteur d'une communauté, se sentir connecté et reconnu des siens prend chaque jour de nouvelles formes, pour le plus grand bonheur des marques, et heureusement pour le plus grand bonheur des coureurs eux-mêmes.


Vianney BOURGOIS




















le 27.10.14 à 22:13
par Villette Bruno, le papou
Bravo pour le sujet et son beau déroulé mediatique et social J'ajouterais volontiers les courses qui font la promotion de "valeur" originale ou traditionnelle : la "chéri-chérie" qui persuade les couples à finir ensemble et bien déguisés, le Trail "queue de charrue" pour la promotion du village héros de 14-18 et surtout de sa fameuse bière, le "trail de la fraise" pour faire découvrir sa magnifique campagne et sa production fruitière, les marathons de Bourgogne et du médoc qui font la promotion du patrimoine solide et liquide, le "givré d'Orléans" et le marathon de chambord qui font découvrir les chasses royales sous le givre ou le soleil, le "nice-cannes qui fait défiler les ports de pêche et de milliardaire, les marathons de Fiorenza et Paris qui permettent d'admirer pendant 3-4h les cités de Florence et Paris debarassées de toute voiture en stationnement, le Louvre-Lens oú les supporters dégustent la bière locale sur un bar géant dos tourné aux arrivants, ... "Has been" pour certains, mais des territoires qui méritent to "be seen"
le 28.10.14 à 01:46
par Vianney BOURGOIS
Merci Bruno pour ce complément ! Au contraire, ces courses ne sont pas has been mais au top de la tendance et sont valorisées par cet engouement généralisé !
le 28.10.14 à 11:11
par viandier franck
pourquoi toujours les americains ?? La Holi Run est la premiére course des couleurs organisée en France .. www.holirun.net
le 28.10.14 à 14:52
par Simon
Bonjour Vianney, merci pour ce contenu qui nous rappelle que les marques prennent le relais des structures régaliennes dans des domaines jusqu'alors reconnus d’intérêt général (éducation, culture). La performance du corps est scrutée, médiatisée à l'extrême et permet de mettre en avant l'ultime critère qui fait la valeur d'un individu : sa capacité de créer. J'avais aussi écrit un article il y a quelques temps sur ce nouveau type de course (http://bit.ly/1wyyzwN). Au plaisir d'échanger sur le sujet.

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