Édito / Avril 2009

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Des usines aux bureaux, la passionnante mutation.

edito Be Seen - Des usines aux bureaux, la passionnante mutation.

S'il y a un spectacle à ne pas manquer en ce moment, c'est celui de la transformation du quartier Euralille, depuis le nouveau carrefour du Romarin jusqu'au nouveau conseil régional, en passant par la construction en cours du Casino Barrière, entre les deux. Depuis quelques années, chaque jour voit naître de nouveaux étages et de nouveaux immeubles complets, qui sont autant de projets. Admirer ce spectacle le matin avant que l'activité ne redémarre devrait être prescrit comme antidépresseur pour tous ceux qui se laissent gagner par la morosité.

J'ai récemment échangé avec mon grand-père sur ces nouveaux quartiers, lui faisant part de mon émerveillement face à une telle activité. Patron de tannerie à la retraite, il vit ces changements en tant qu'industriel de Tourcoing, amoureux de son travail certes, mais aussi de ses ouvriers.

Sa vision, en une courte phrase, pourrait servir d'introduction à tous les manuels d'économie : « A chaque fois que je vois un nouvel immeuble, je me dis que c'est une usine qu'on ne construit pas. Et que ce sont autant d'ouvriers à qui on ne donne pas de travail ». Pouvoir échanger ainsi avec un homme qui a grandi et participé à un modèle complètement différent de celui que nous, jeunes générations, connaissons, est un enseignement rare. Notre passion de l'activité et du monde en mouvement est la même, mais nos référentiels différents. Pendant qu'il m'explique comment se tannait le cuir, je tente de lui expliquer ce qu'est un logiciel et comment, avec des outils qui n'existaient pas il y a dix ans, nous créons aujourd'hui de la valeur et des emplois, comme il l'a fait avec ses machines.

Notre discussion contenait la substance de tous les changements de notre société. Sans animosité, sans conflit d'intérêts ou de classes, nous tentions de comprendre cette mutation profonde que vivent les pays occidentaux, passant globalement de l'industrie aux services. Notre échange ne portait pas sur le fait que cette mutation soit bonne ou mauvaise, questionnement stérile s'il en est. Tentant de répondre avec ma vision de gamin de 26 ans, je lui disais que le travail de ses ouvriers était simplement dans d'autres pays, et que l'activité de la France changeait progressivement vers ce que l'on appelle le tertiaire. Bien au delà de ces faits techniques, ce sont surtout nos visions d'hommes, soucieux de l'activité de notre pays, que nous échangions.

S'il est impossible d'apporter des réponses faciles à ces questions fondamentales qui agitent tant les médias, l'enseignement que l'on peut tirer d'échanges comme celui-là est très clair : il existe en l'homme une formidable capacité à construire, à inventer, à prendre des risques, et à faire de chaque enjeu une formidable source de progrès. J'ai toujours entendu dans ma famille, face à chaque nouveau problème, l'expression « On s'adapte et on domine ». Ces mots résonnent en moi chaque matin. La domination dont il est question ne concerne pas les Hommes, elle concerne les situations. Une situation exceptionnelle s'analyse, s'apprivoise et sert de socle à la construction de la suite. Tous les jours.

Se fixer cette devise impose de prendre de nouveaux risques en permanence. Créer une entreprise ne se fait pas sans risques. Faire des enfants non plus. Les immeubles de bureaux qui poussent les uns après les autres répondent à la même logique et suscitent la même excitation : des risques importants, mais une foi dans l'avenir et dans les autres inébranlable.

Quel que soit notre âge ou notre outil de travail, il faut s'y faire : notre monde bouge, sans cesse. Nous n'avons face à ces défis que deux options : les constater et tenter de s'en protéger, ou y participer et les orienter dans le bon sens, en prenant des risques.

Lilian et Michel, peintres de leur État, sont entrain de refaire une partie de notre agence au moment où j'écris ces lignes. Et comme d'habitude, ils ont cette manie de caresser les murs une fois secs pour s'assurer de la perfection de leur travail. Je suis admiratif, une fois de plus. Le fait que la vie soit une fête se joue finalement dans les plus petits détails comme dans les plus grands enjeux.

Vianney BOURGOIS

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